En matière de migrations, nous faisons face à des naufrages …

Sur le discours de Geneviève Jacques, présidente de la CIMADE, 23 avril 2015, Rouen
 
En matière de migrations, nous faisons face à des naufrages
–         Naufrage géopolitique : dans le sud méditerranéen, au Moyen Orient 
o  Guerre en Syrie
o  Conflits en Irak
o  Chaosen Libye
o  Goulagà  ciel ouvert en Erythrée
o  Déstabilisation au Sahel et dans le Sahara
–         Naufrage humanitaire : des millions de personnes sont concernées, par exemple, 4 millions de réfugié-e-s syrien-ne-s, dont 1,6 millions en Turquie ou au Liban, les pays limitrophes sont saturés
–         Naufrage des politiques européennes migratoires basées sur l’obsession sécuritaire, sur la volonté d’empêcher l’immigration irrégulière (le mot clandestin est à proscrire) : échec de l’impuissance, INDECENCE. Dans la mer méditerranée : 1800 morts depuis début janvier, 3500 morts en 2014 et 23 000 morts depuis début 2000 !
L’absence de volonté politique ou humanitaire contribue à faire monter les courants nationalistes, xénophobes ou populistes.
 
Surle plan national, on mesure beaucoup de signaux inquiétants :
–         80% de la population est méfiante (vis-à-vis du voisin etc.) selon IPSOS
–         Grande défiance du système politique qui se traduit par un taux d’abstention aux élections très élevé
–         Discours d’intolérance qui se propage : antisémitisme, agressions contre les musulman-e-s ou ceux et celles qui en ont l’apparence, crispation sur la laïcité
 

Sociologues et personnes en contact avec les étrangers décrivent une société française recroquevillée, frileuse. Nous constatons un effritement, un affaiblissement des liens sociaux, de l’imaginaire des solidarités, portés par les syndicats, les partis (en particulier le PCF), les mouvements d’éducation populaire etc. laissant place à l’anxiété, la fermeture. Cet affaiblissement du commun conduit à la dénonciation de bouc-émissaires, les immigré-e-s, assignation faite y compris à des français (délit de faciès).

Or le traitement des étrangers est un marqueur de la santé d’une société, en particulier de la démocratie : en France la situation est grave, mais nous ne devons pas céder à la fatalité.

En France, réalités actuelles

La Cimade a réalisé une étude (http://www.lacimade.org/publications/88) « Migrations, état des lieux 2014 », sur la base de l’accueil par la Cimade de 100 000 personnes par an. En France, nous faisons face à un lourd héritage de superposition de lois, décrets, circulaires de plus en plus sécuritaires (5 lois en 7 ans), basées sur le soupçon, le contrôle et la répression. Les conséquences sont :

–          La multiplication des statuts précaires des étrangers. Par exemple, la carte de séjour est délivrée pour 1 an (et parfois non renouvelée). Il y a 20 ans, la carte de séjour de 10 ans était délivrée dans 44% des cas, aujourd’hui elle ne représente plus que 9% des cas.

  • L’asile est en crise, les demandes étant instruites dans des délais courant de 18 mois à 2 ans et seulement ¼ des demandeurs d’asile sont hébergé-e-s dignement.

–          Le recours à la rétention administrative qui est une privation de liberté touche 45 000 personnes par an.

En résumé :

–          Pour les migrant-e-s :

o   pas d’accueil, précarité, instabilité sociale (travail, logement), cartes non renouvelées et renvoi dans l’illégalité

o   système pour le droit d’asile défaillant, « embolie » des capacités d’accueil, en 2014 62 000 demandeurs et seulement 18 000 hébergé-e-s en CADA. Avec un taux d’acceptation à près de 27%, nombreux sont ceux et celles qui sont débouté-e-s même s’ils et elles sont déjà installé-e-s en France. Ils et elles deviennent ni expulsables, ni expulsé-e-s, sans aucun droit sur notre territoire.

–          Pour la société :

o   Image négative de la question migratoire : le « problème » de l’immigration plutôt qu’une chance, une richesse

o   Image de personnes venues « profiter » du système de protection sociale en France.

Le discours des partis populistes entre dans la logique « éliminons les immigré-e-s », celle de la « préférence nationale » qui est une discrimination et va à l’encontre de nos valeurs, notamment celle de l’égalité.

En Europe

La politique relative aux migrations (Frontex) a vu sa dotation tripler au dernier conseil des chefs d’Etat en urgence, soit 0,04% du budget européen ! On constate l’absence de solidarités entre pays européens, l’opération Mare Nostrum (http://fr.wikipedia.org/wiki/Op%C3%A9ration_Mare_Nostrum) a été prise en charge par l’état italien pour un budget de 8 millions d’euros.

La réponse à ce désastre méditerranéen est d’augmenter le nombre de places d’accueil de 5000… Dérisoire quand on sait qu’en 3 jours d’avril il est arrivé 11 000 personnes bateaux

la première réponse à faire serait d’offrir des canaux légaux pour migrer en Europe, fournir des visas. Il est donc nécessaire de repenser la politique migratoire, qui perd son âme avec Frontex, opération de surveillance des frontières et répression avant d’être opération de sauvetage en mer

Reconnaître la réalité des mouvements migratoires au XXIème siècle (car on ne peut pas les empêcher), envisager la flexibilité des aller-retour, permettre la moblité… favoriser la prise de conscience des sociétés civiles en Europe.

Actualités en France

2 lois sont en cours :

–          Le projet de loi sur l’Asile, en commission au Sénat début mai (contraint par la directive européenne associée à être adopté avant le 30 juin) :

o   il présente des avancées certaines mais reste la question de la multiplication de procédures accélérées qui peuvent conduire à les bâcler,

o   les moyens humains pour sa mise en œuvre ne sont pas du tout à la hauteur du besoin

–          Le projet de loi sur l’Immigration (début juillet à l’assemblée) : la Cimade est très préoccupée, car les mesures sont identiques à celles que nous condamnons (y compris le PS lorsqu’il était dans l’opposition) :

o   Rétention (45 j)

o   Interdiction de circulation sur le territoire des migrant-e-s communautaires (les roms en particulier) pendant 3 ans

Domine encore une logique de méfiance, contrôle plutôt que de valoriser le vivre ensemble.

Il y a de sérieux risques de fractures dans notre pays. Nous ne devons pas tout laisser aux politiques, les associations aussi ont une responsabilité, face à ce « tout le monde a peur de tout le monde ».

Le rôle des associations est de lutter contre la peur, les préjugés, d’écouter et d’apporter d’autres arguments, de proposer des rencontres.

« Il n’y a pas d’étrangers sur cette terre. Il n’y a que des gens qui ne se sont pas rencontrés. »

Les organisations politiques présentes (ps, eelv, fdg, ump, udi) ont ensuite été interrogées sur la précarité des étrangers en cours de régularisation et sur les politiques à mettre en œuvre.

Au long du débat, la responsable de la Cimade Geneviève Jacques a ajouté ceci

La démographie allemande a besoin de 7 millions de jeunes si ce pays veut que les retraites soient payées ; c’est un argument utilitaire.

Mais l’argument de fond en faveur des migrations c’est l’enrichissement mutuel que celles-ci procurent.

Les jeunes Français vont travailler à l’étranger, les séniors partent dans des pays de soleil pour leur retraite ; on trouve cela très bien. Pourquoi dirait-on à un jeune Malien « Vous vous n’avez pas le droit de migrer ; pas de chance d’être né là… » et pourtant l’argent envoyé par les migrants africains au pays c’est 3 fois l’aide au développement !

Il faut permettre une émigration légale avec des allers et retours au pays pour ceux qui le souhaitent. Avec la mondialisation les échanges financiers et de marchandises sont multiples mais les hommes de certains continents, en particulier d’Afrique, n’ont pas le droit de choisir leur vie, « de bouger » . Certes une politique de co-développement et de coopération réciproque peut-être bonne mais son but ne peut être d’empêcher les migrations. Ce n’est pas à nous de dire aux Africains ce que devrait être leur vie ! L’avenir du monde est à la mobilité.

 

Les emplois non qualifiés de beaucoup de migrants et nos emplois en France et en Europe sont des marchés complémentaires et non compétitifs .Le chômage des jeunes issus de l’immigration est le fruit de notre école et de nos politiques, pas la faute de leurs parents. En France 2,6 millions personnes ont un titre de séjour comme étrangers ; ce n’est pas l’invasion généralisée !! …sur 60 millions d’hab.

 

Dans la situation d’urgence actuelle le gouvernement cherche à installer de nouveaux CADA pour les réfugiés demandeurs d’asile ; beaucoup de maires ont été interpellés mais bp disent « oui, mais pas chez moi ». La France redeviendra terre d’accueil si nous on sait faire et accueillir ces personnes dit encore Geneviève Jacques. Mettre ensemble tout ce qui fait du commun entre nous alors que la question migratoire est un outil utilisé pour diviser.

Et pourtant aujourd’hui on est devant le plus grand désastre humanitaire depuis la seconde guerre mondiale, une déstabilisation majeure aux portes de l’Europe.

Ce ne sont pas des « flux » mais des hommes, des femmes et des enfants avec une force de vie et un courage extraordinaire qui frappent aux portes de l’Europe en prenant tous les risques ; ce ne sont pas des victimes mais des gens qui ont une envie folle de vivre…Les REGARDER… Si on n’arrive pas à les accueillir c’est là qu’est le problème. En 2 ans la France avait accueilli 100 000 boat people dans les années 70.

Aujourd’hui l’Europe a 500 millions d’habitants et n’a accueilli que 300 000 personnes l’an dernier. L’accueil est une question de solidarité et de répartition dans les différents pays européens.

PS la réunion se tenant le jour de la rencontre des chefs d’Etat à Bruxelles après le w-end catastrophique en Méditerranée, personne n’a fait état des résultats de cette réunion ; mais l’on sait aujourd’hui qu’ils ne sont pas du tout à la hauteur des enjeux humains …. voir l’article de Médiapart ou celui de Politis du 23 au 29 avril « les Etats persistent sur la voie sécuritaire »

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