Témoignage, mars 2015

Mars 2015, Ginette David, réseau d’aide aux sans-papiers

En ce qui concerne les migrants, à Rouen, nous sommes confrontés actuellement, principalement à deux problèmes :

Les migrants dépendant de la loi « Dublin ».

Ce sont ceux qui sont arrivés en France après avoir passé dans un ou deux autres pays d’Europe, par exemple l’Espagne ou la Hongrie. Ceux qui passent par la Hongrie viennent en majorité du Kosovo. Ils passent irrégulièrement la frontière de la Hongrie (première irrégularité) et sont repérés. Ensuite, ils passent en Hongrie, où ils sont enregistrés, et où leurs empruntes digitales sont relevées. A partir de là, ils sont considérés comme demandeurs d’asile en Hongrie. La Hongrie les laisse partir vers la France.  Arrivés là, ils sont en demande d’asile en France. Asile refusé. Soit ils refusent de se rendre à la police de l’air et des frontières (PAF), ou à la préfecture, et ils sont considérés comme « en fuite ». S’ils arrivent à survivre dans la clandestinité pendant 18 mois (18 mois!) ils peuvent redemander l’asile. Si ils acceptent de se rendre en préfecture, et s’ils acceptent ou d’être enfermés au centre de rétention ou de vivre dans leur famille (qui les accepte) , ils peuvent au bout de 6 mois redemander l’asile en France. Mais tant au cours de ces 18 ou 6 mois ils sont arrêtés, ils peuvent être renvoyés dans le premier pays où ils ont soit-disant demandé l’asile. La Hongrie ou l’Espagne, c’est selon.

Le deuxième problème est celui des mineurs isolés.

Ils voyagent avec un faux passeport qui les déclare majeurs (sinon ils ne pourraient pas prendre l’avion), mais leur extrait d’acte de naissance les montre mineurs. La police de l’air et des frontières les remet au service de l’aide à l’enfance. Si c’est une fille, elle est prise en charge. Si c’est un garçon (la grande majorité), on le met à la porte, quelquefois avec quelques jours d’hôtel payé.. Et puis la rue. La protection de l’enfance essaie de faire pratiquer un « test osseux », sensé prouver la majorité… Ca ne marche plus à Rouen, puisque le tribunal administratif refuse la validité de ces tests.C’est une victoire pour les défenseurs de ces jeunes. Pas scolarisés, isolés, ils sont à la merci de d’importe qui, de n’importe quoi.

Je pourrai donner de multiples exemples… Sachez que la semaine dernière, un jeune homme qui avait obtenu la protection du HCR (haut commissariat aux réfugiés) pour quitter l’Angola vers le Congo, mais qui était en France  (il est francophone) dans sa famille qui est devenue française depuis longtemps) a été arrêté à la gare, retenu au centre de rétention, et embarqué à 6 heures du soir pour l’Angola, alors que son père était venu le voir à 4h ! Il est aujourd’hui en Angola, sans en parler la langue (le portugais), sans aucune famille.

205 rue Saint-Julien, 76100 Rouen